Tirer au sort, oui mais comment?

Habituellement on effectue le tirage au sort dans un seul endroit et on diffuse ensuite son résultat en direct (ou devant témoins). Non seulement cela entraîne de nombreuses contraintes techniques, mais cela constitue aussi un maillon faible. Si une personne malintentionnée truque le tirage alors tout le système s’effondre. On présente ici une alternative à ce tirage centralisé pour rendre le système robuste et beaucoup plus difficile à falsifier.

John Von Neumann, l’inventeur des générateurs
de nombres pseudo-aléatoire

Pour comprendre cette méthode, un rappel s’impose sur la génération de nombres aléatoires dans les ordinateurs. Ces machines sont déterministes c’est à dire que pour une entrée donnée la réponse de l’ordinateur est toujours la même. Mais en 1946 un célèbre chercheur en informatique créa ce qu’on appelle aujourd’hui un générateur de nombres pseudo-aléatoire. Pour cela, il est parti d’un nombre, la graîne, tiré d’un phénomène fluctuant et imprévisible . Dans un premier temps il a multiplié ce nombre de trois chiffres par lui-même pour ensuite prendre les trois chiffres du milieu du nombre issu de la multiplication, cette sélection générera le second de la série. En répétant l’opération il peut produire de longues séries de nombres pseudo-aléatoire. On utilise le préfixe « pseudo » car la suite est entièrement déterminée par la graîne. Il est aussi ici important de noter que deux graînes même avec des valeurs très proches génèrent deux suites de nombres très différents. Aujourd’hui, La génération de nombres aléatoires dans les ordinateurs utilise des manipulations bien plus complexes que la simple multiplication mais l’idée est toujours la même. La méthode de tirage au sort que nous allons utiliser exploite ce mécanisme.

Les cour fluctuant et imprevisible du CAC40

Nous allons fournir à tous les membres de l’association quelques lignes de code. Ensuite une personne de l’association donnera un jour dans le futur pour sélectionner la graîne. La dernière étape consistera à ce que les membres tirent chacun de leur côté avec la graîne qui sera la valeur du CAC40 à la fermeture du marché le jour choisi par un membre pour ainsi désigner les gens qui siégeront au bureau de l’association. Pourquoi un indice boursier? Les marchés financiers sont imprévisibles et très difficilement manipulables avec précision. Cette méthode permet de faire un tirage au sort décentralisé, peu couteux et beaucoup plus dur à influencer. En effet fournir quelques lignes de code et un jour précis est bien plus pratique qu’organiser un tirage en grande pompe. De plus l’aspect décentralisé grantit la transparence car le tirage peut se vérifier et se revérifier. Vous pouvez utiliser ce lien pour tirer au sort avec différentes graînes et vérifier ces dires; avec la graîne 0 se seront 2 et 3 qui seront selectioné.e.s avec 1 se seront 1 et 3. Il vous suffit de cliquer sur le bouton avec le symbole play, d’entrer un valeur pour la graîne et vous voilà maître du jeu!

Une autre forme de représentation

On utilise souvent l’élection comme le moyen pour représenter une population, or les mathématiques nous montrent que ce n’est pas le meilleur. En statistique, la qualité d’un échantillonnage se mesure selon deux axes: la précision et le biais. Nous allons nous intéresser à deux situations. La première est celle de l’élection qui par définition est biaisée, la population choisie elle-même le ou les individus qui la représente. Cette façon de faire a l’avantage d’être précise si on considère que les individus se comportent de manière rationnelle.
Ce n’est pas le cas du tirage au sort – aussi appellé sortition quand on parle d’une méthode de désignation – qui brille par son imprécision . Par contre la sortition n’a aucun biais, elle ne choisira pas plus un individu qu’un autre pour représenter la population.

Deux méthodes d’échantillonage CC-BY 2021 AnUnknownScientist

Cette différence entre élection et sortition peut s’exprimer de façon
graphique dans l’exemple ci-dessus: l’élection est précise mais biaisée alors que la sortition est imprécise mais sans biais. J’utilise ici la métaphore de la cible: plus la personne choisie est proche du centre, plus elle est représentative. On peut tout d’abord noter un fait intéressant, aucune des deux n’atteint le centre de la cible mais la sortition contrairement à l’élection atteint en moyenne le centre. Si on fait une moyenne de tous les points on aura cet individu qui n’existe peut-être même pas dans la population. Cela deviendra d’autant plus vrai qu’on échantillonne un plus grand nombre, bien sur il y a un équilibre pratique entre taille de l’échantillon et représentation. Cette propriété est totalement absente de l’élection ou augmenter la taille de l’échantillon ne fera que renforcer le biais.

A la lumière de ces remarques on pourrait se demander pourquoi les gens préfèrent l’élection. Peut-être simplement parce qu’elle est plus pratique, plus difficile à truquer; ou que les gens la préfèrent parce qu’ils ont plus l’impression de choisir?


Fusionner les deux méthodes de sélections.

Il existe au moins deux moyens pour reconcilier sortition et élection:

1 – Soit on commence par une élection sans candidat où les personnes votent pour qui elle veulent, puis on utilise la sortition pour selectionner les gens ayant réunis un certains nombre de votes.

2 – On pourrait aussi faire l’inverse et commencer par la sortition pour avoir un petit nombre de candidats puis les personnes pourraient voter pour leur candidat.e.s favori.e.s

Ces systèmes hybrides pourraient combiner les avantages des deux méthodes de selection et progressivement introduire la sortition dans un système électif.

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Faire tourner le pouvoir

On voit toujours les mêmes au pouvoir et il est très rare que maires, sénateurs ou parlementaires fassent un seul mandat. Cela peut même s’observer à une échelle plus modeste, dans une discussion ce sont les mêmes qui dirigent souvent la conversation en laissant peu de place aux autres. Cela fatigue, non seulement ceux qui dictent leurs loi et qui doivent constamment maintenir la pression pour garder la conversation dans leurs clous mais aussi les autres qui doivent la subir. Mais il est de plus en plus courant qu’une conversation se cadre en utilisant l’outil de la modération qui rend la conversation déjà plus égalitaire.

La modération consiste à donner la parole aux personnes qui la demandent , de limiter le temps des prises de parole mais aussi de déterminer le point à discuter.

Un « bon » modérateur rend la réunion agréable et productive tout en évitant les prises de pouvoir. Dans l’idéal il est neutre et reste quasiment silencieux tout en faisant respecter les temps de parole. Mais ce style de modération tient plus de l’exception que de la règle. Parfois le modérateur ignore de façon consciente ou non une personne demandant la parole, cela pouvant être simplement dû à la fatigue ou à l’inattention. Mais dans certains cas, malheureusement trop courants, c’est le modérateur qui prend le pouvoir et qui monopolise la parole. Il faut donc un mécanisme qui protège à la fois le groupe et le modérateur. C’est là qu’intervient la première composante: l’utilisation de la rotation. La personne qui modère va changer tout les X mins, le but étant double:

  1. Préserver l’énergie des gens
  2. Éviter de rester bloquer sur un « mauvais » modérateur

Je mets des guillemets autour de bon et mauvais car ce ne sont en rien des qualités absolues mais elles dépendent de multiples facteurs et elles peuvent évoluer avec le temps. Pour ces raisons, nous pensons qu’il est capital de faire tourner la modération.

La seconde chose importante ici est que le changement va se faire de manière systématique, c’est à dire que l’on ne fait pas appel à des volontaires mais on donne le rôle à un maximum de personnes différentes. Cela s’accompagne d’une autre condition, la personne qui modère peut à tout instant interrompre son mandat – même avant son début. Le but consiste ici à éviter deux choses:

  1. L’auto-promotion
  2. L’auto-censure

Certains hommes ou femmes souhaitent mettre leurs capacités en avant, parfois pour de bonnes raisons, mais cela écrase bien trop souvent les autres points de vue: on peut appeler cela de l’auto-promotion. D’autres fois, certaines femmes ou hommes restent dans l’ombre en se disant qu’elles ne possèdent pas les compétences requises, c’est parfois vrai, mais la modération peut s’apprendre rapidement: on peut appeler cela l’auto-censure. Nous voulons absolument éviter ces deux choses qui appauvrissent les discussions en bloquant les innovations. La variation systématique rend l’auto-promotion de facto impossible. L’auto-censure se combat avec plus de difficulté dans le sens où la censure provient parfois du groupe en lui même, on nous demande alors: « Et si la personne ne veut pas ou si elle n’a pas les compétences nécessaires? » A cela deux réponses:

  1. Elle peut toujours interrompre voir refuser de modérer.
  2. Un mandat a par construction une durée très limitée et nous ne voyons pas pourquoi le volontariat ,voire l’élection rendrait la personne plus compétente.

Il y a une différence fondamentale entre l’appel à un volontaire et la variation systématique, cela revient à dire aux membres d’un groupe:

Tu as une responsabilité et tu as la liberté de t’en affranchir à tous instant »

Ou

« Tu dois faire la démarche de t’exposer pour que le groupe veuille bien t’accorder une responsabilité ».

Dans le premier cas la démarche inclut alors qu’elle exclut dans le second scénario. Pour cela nous pensons que tourner de manière systématique le rôle de modération a toute son importance.

Nous t’invitons à venir essayer la modération tournante et systématique dans le cadre informel de notre serveur Discord

Liens

Partout dans le monde des initiatives se montent autour de la sortition:

  • Equality by lot (EN) site agrégeant les différents acteurs discutant de sortition.
  • Demorun (FR) site émergant d’une initiative originale venant de la Réunion.
  • Sortition Foundation (EN) une ONG qui essaye de faire converger les différentes initiatives autour de la sortition.
  • Ateliers constituants (FR) qui vise à réecrire la constitution française en utilisant la sortition.
  • Democracy without election (EN) initiative américaine qui souhaite utiliser la sortition pour créer une nouvelle chambre des représentants.
  • Parsort (FR) une association français qui milite pour l’usage de la sorition.
  • A Nous La Démocratie (FR) parti politique sans étiquette qui milite pour une démocratie participative.

Cette liste n’est bien sur pas exhaustive et – nous l’espérons – en constante évolution. N’hésitez pas à ajouter de nouveaux liens dans vos commentaires.

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